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Le créole réunionnais : vingt mots pour se débrouiller
À La Réunion, tout se passe en français : les panneaux, l’école, l’administration, les commerces. Vous n’avez besoin d’aucun mot de créole pour vous débrouiller, et personne ne vous en demandera un seul. Les vingt qui suivent servent à autre chose : lire une carte de restaurant sans deviner, comprendre un panneau au bord de la route, et saisir une partie de ce qui se dit autour de vous.
Comprendre, pas parler
Le créole réunionnais est une langue à part entière, parlée par la quasi-totalité des gens nés ici, à côté du français que tout le monde parle aussi. Les deux cohabitent dans la même journée, souvent dans la même phrase. Si vous parlez français, on vous répondra en français.
Ces vingt mots ne sont donc pas un début de cours. Ce sont ceux que vous allez lire et entendre : sur une ardoise de restaurant, sur un panneau, dans une conversation qui n’était pas pour vous. Les apprendre pour les replacer dans une phrase ne sert à rien.
Cinq mots pour lire une carte
C’est là que le vocabulaire manque le plus vite, parce qu’une carte de snack est écrite pour des gens qui savent déjà.
- Carri (ou cari, ou kari) — le plat de base : viande ou poisson mijoté avec oignon, ail, curcuma, tomate. Ce n’est pas un curry indien, et ce n’est pas fort par défaut.
- Rougail — deux choses selon la ligne. « Rougail saucisse » est un plat mijoté à la tomate ; « rougail tomate » est le condiment cru et piquant servi à côté.
- Grains — les légumes secs qui accompagnent le riz : haricots, lentilles, pois du Cap. « Riz-grains-carri » est un plat complet, pas une garniture optionnelle.
- Achards — des légumes coupés fin, saumurés et relevés au curcuma. Servis froids, en petite quantité, à côté.
- Vacoa — l’arbre du littoral, qui tient sur la lave par ses racines en échasses. Ses feuilles se tressent, son cœur se mange en salade.
Trois autres reviennent sans arrêt : boucané (porc fumé), bouchon (la bouchée vapeur) et brèdes (des feuilles cuites, en bouillon ou sautées). De quoi composer un dîner qu’on rapporte et qu’on réchauffe : la varangue commune a un réfrigérateur, un micro-ondes et de la vaisselle, et c’est aussi là que se prend le petit déjeuner.

Cinq mots écrits sur les panneaux
Ceux-là ne se traduisent pas : ils font partie des noms de lieux, et vous les lirez sur la route avant de les entendre.
- Ravine — une vallée creusée par l’eau, à sec la plupart du temps et en crue en quelques minutes. Le Sud en franchit des dizaines.
- Radier — le passage bétonné qui traverse le lit d’une ravine, au niveau de l’eau et non au-dessus. Un radier submergé s’attend ou se contourne, il ne se franchit pas.
- Îlet — un replat habité dans un cirque, sans rapport avec une île. Ce sont des lieux-dits, parfois sans route.
- Piton — un sommet volcanique. Piton de la Fournaise, Piton des Neiges, Piton Sainte-Rose. Quand vous lisez « piton », vous savez que ça monte.
- Marine — l’endroit d’où l’on met les barques à l’eau. La Marine de Saint-Philippe est une cale entre les rochers, pas une administration ni un port de plaisance.
S’ajoutent deux mots de repérage : les Hauts et les Bas. Ils désignent l’altitude, donc le climat et la température du soir — « monter dans les Hauts » veut dire prendre une polaire. Ce qu’il y a à voir de part et d’autre est sur la page que faire à Saint-Philippe.

Cinq mots de la maison
Ceux-là servent à lire une annonce d’hébergement et à comprendre où l’on vous envoie.
- Varangue — la galerie couverte et ouverte qui longe la maison. Ni balcon ni terrasse : une pièce en plus, sans mur, où l’on passe la moitié de la journée.
- Case — la maison, tout simplement. Aucune connotation modeste : « la case » se dit d’une villa comme d’une baraque en tôle.
- Cour — le terrain autour de la case, jardin compris. « Rentre dans la cour » ne veut pas dire entrer dans la maison.
- Boutique — l’épicerie de quartier, ouverte tôt et fermée tard. C’est le mot courant, pas « la supérette ».
- Kabar — un rassemblement, souvent en plein air, où l’on joue et où l’on mange. Le mot revient sur les affiches de village plus que « concert ».
Les quatre chambres de la maison portent elles aussi des noms de plantes plutôt que des numéros : L’Orchidée, Le Bambou, La Vanille et Le Coco. Ce n’est pas du créole, c’est l’usage : ici on nomme les lieux par ce qui y pousse.

Cinq mots pour parler des gens
Ce sont les plus faciles à mal comprendre, parce qu’ils sonnent comme des mots français qui veulent dire autre chose.
- Gramoune — une personne âgée. Le mot n’a rien de moqueur, il porte plutôt du respect.
- Marmaille — un enfant, ou les enfants. Au singulier aussi : « un marmaille ».
- Dalon — un ami, un camarade. Le mot s’entend entre gens qui se connaissent.
- Tantine (et tonton) — la façon polie de s’adresser à quelqu’un de plus âgé qu’on ne connaît pas. Aucun lien de famille n’est sous-entendu.
- Zoreil — un métropolitain. C’est descriptif avant d’être autre chose, mais le ton fait tout, et ce n’est pas un mot à s’approprier le premier jour.
Ce que vingt mots ne suffisent pas à faire
Ils ne vous feront pas suivre une conversation. Le créole a sa grammaire, et elle ne se déduit pas du français : le verbe est précédé de i (« i marche »), le passé se marque avec la (« li la parti »), lé tient lieu de « est » (« lé bon »), mi veut dire « je ». Deux personnes qui se parlent à leur vitesse resteront hors de portée, et c’est normal.
L’orthographe, ensuite, n’est pas fixée : plusieurs graphies coexistent, ce qui explique qu’on lise carri, cari ou kari sur trois ardoises voisines sans qu’aucune ne soit fautive. Si vous cherchez un mot entendu la veille, essayez-le avec un k avant de conclure qu’il n’existe pas.
Enfin : dans le Sud, on vous parlera français dès que vous ouvrirez la bouche, et c’est une politesse, pas une mise à distance.
Questions fréquentes
Les mots sont-ils les mêmes d’un bout à l’autre de l’île ?
Pour l’essentiel, oui : ces vingt-là s’entendent partout. Ce qui change d’une commune à l’autre, c’est l’accent et quelques tournures. Rien qui modifie la lecture d’une carte de snack ou d’un panneau de bord de route.
Est-ce le même créole qu’aux Antilles ?
Non. Le créole réunionnais et les créoles antillais partagent une base de vocabulaire venue du français, mais ce sont des langues distinctes, nées dans des histoires différentes. Se comprendre d’une île à l’autre n’a rien d’automatique.
Comment demander ce qu’il y a dans un plat qu’on ne connaît pas ?
En français, et en demandant la composition plutôt que la traduction du nom. « Il y a quoi dedans ? » obtient une réponse utile ; « ça veut dire quoi ? » lance une discussion sur l’orthographe. Le piment, lui, se demande toujours à part : dans un carri il est rarement dans le plat, il arrive à côté.
Les noms de lieux se prononcent-ils comme ils s’écrivent ?
Pas toujours, et c’est l’obstacle principal quand on demande son chemin. Le plus simple est de montrer le nom écrit plutôt que de le prononcer, quitte à le faire répéter. Les questions pratiques de ce genre sont regroupées sur la page questions fréquentes.
Vous cherchez où dormir dans le Sud sauvage ? Quatre chambres à Saint-Philippe, avec une varangue commune — le mot est dans la liste — équipée d’un réfrigérateur, d’un micro-ondes et de vaisselle pour les soirs où l’on rapporte à manger. Voir les quatre chambres ou demander vos dates.


