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Chambres d'hôtes dans le Sud sauvage, à Saint-Philippe Petit déjeuner compris
Coco Vanille Chambres d'hôtes · Saint-Philippe
La forêt de vacoas du littoral du Baril, face à l’océan

Le carnet S'informer

Pétrel de Barau et pollution lumineuse : le geste qui compte

8 min de lecture

En avril, les jeunes pétrels de Barau sortent du terrier où ils sont nés, dans les Hauts, et partent vers le large de nuit. Une lampe de terrasse oubliée, une enseigne, une frontale braquée vers le ciel suffisent à les dérouter : ils tournent autour, s’épuisent et se posent — et un pétrel posé au sol ne repart pas tout seul. Le geste utile tient en une ligne : à cette période, on éteint dehors et on ferme les rideaux avant d’allumer dedans.

Un oiseau qui ne se reproduit nulle part ailleurs

Le pétrel de Barau (Pterodroma baraui) est un oiseau marin endémique de La Réunion : il ne niche sur aucune autre île du monde. Il passe l’essentiel de son existence en mer, sur l’océan Indien, et ne revient à terre que pour se reproduire, en colonies, très haut dans les remparts du massif du Piton des Neiges. Il n’a été décrit que dans les années 1960 et porte le nom d’Armand Barau. L’Union internationale pour la conservation de la nature le classe en danger.

Autant le dire tout de suite : cet article ne vous dira pas où l’observer, parce qu’on ne l’observe pas. Les colonies sont en altitude, protégées, et l’oiseau ne les rejoint qu’à la nuit noire. Depuis Saint-Philippe, ce n’est même pas le bon massif : le Pas de Bellecombe, sur le Piton de la Fournaise, est déjà à 77,5 km et à environ deux heures de route, et les colonies sont encore ailleurs. La seule rencontre probable, pour un visiteur, est celle qu’on ne souhaite à personne : un oiseau échoué sur le bitume.

Ce qui se joue au mois d’avril

Les adultes font la navette entre la mer et les colonies toute la saison de reproduction, toujours de nuit. Le moment critique arrive à la fin de l’été austral, quand les jeunes de l’année quittent le terrier pour leur premier vol vers le large. Ils partent après le coucher du soleil, sans avoir jamais volé, et se repèrent sur ce que la nuit offre de plus clair : le ciel, la lune, le reflet sur l’eau.

Une lumière artificielle est plus vive et surtout beaucoup plus proche. L’oiseau la prend pour la sortie, tourne autour jusqu’à l’épuisement, et finit par se poser. Ses pattes sont placées très en arrière du corps et ses ailes sont longues et étroites : deux atouts en mer, deux handicaps à terre. D’un sol plat, entouré de murs, de voitures et d’arbres, il ne redécolle pas. Un échouage, ce n’est pas un oiseau blessé, c’est un oiseau coincé — et s’il n’est pas ramassé, la suite se joue entre les roues, les chiens et le soleil du lendemain matin.

La côte du Grand Brûlé : les coulées de lave descendues jusqu’à l’océan, reprises par la végétation
La côte du Grand Brûlé, entre Saint-Philippe et Sainte-Rose. Les jeunes oiseaux descendent des Hauts vers le large de nuit, et ce littoral est ce qu’ils traversent.

Les Nuits sans lumière

Chaque année, à cette période, le Parc national de La Réunion et la SEOR — la société d’études ornithologiques de l’île — organisent l’opération « Nuits sans lumière ». Les communes qui y participent réduisent ou coupent une partie de l’éclairage public, les enseignes et les mises en lumière de bâtiments s’éteignent, et les particuliers sont invités à en faire autant. Les dates changent d’une année sur l’autre : c’est un calendrier biologique, pas une date fixe.

Ce qu’elle demande ne coûte rien : éteindre ce qui n’est pas nécessaire, et orienter vers le bas ce qui doit rester allumé.

Ce que ça change concrètement pour un séjour ici

Rien qui gâche des vacances, quelques réflexes de soirée.

  • Fermer les rideaux avant d’allumer. Sur une côte peu éclairée, une baie vitrée allumée se voit de très loin.
  • Ne pas laisser brûler une lumière extérieure toute la nuit. Les chambres qui ont leur propre espace dehors sont les premières concernées : L’Orchidée et sa petite terrasse privée, Le Bambou et sa terrasse extérieure privée.
  • Dîner sur place plutôt que de ressortir. La varangue commune a un réfrigérateur, un micro-ondes et de la vaisselle : on rapporte, on réchauffe, on mange ici. C’est aussi là que se prend le petit déjeuner, le lendemain.
  • Sur le sentier du littoral, la frontale se pointe vers les pieds. Jamais vers la mer, jamais vers le ciel, et le mode rouge vaut mieux que le mode plein phare si votre lampe en a un.
  • En voiture, rouler doucement le soir. Un oiseau posé sur la chaussée est bas, sombre et immobile : on ne le voit qu’au dernier moment.
Un coureur de nuit sur un sentier, frontale allumée
Une frontale pendant le Grand Raid. Vive, mobile, souvent dirigée vers le haut : c’est le type de source qui déroute un jeune oiseau en avril.

Ce qu’on fait d’un oiseau trouvé au sol

La marche à suivre est courte, et elle n’a rien d’intuitif.

  1. Ne pas le relancer en l’air. Le réflexe est répandu et mauvais : relâché en pleine nuit, l’oiseau repart vers la même lumière ou se blesse en retombant.
  2. Le couvrir d’un linge avant de le saisir, sans serrer. Le bec pince ; mieux vaut garder la serviette entre lui et vos mains.
  3. Le placer dans un carton fermé, percé de quelques trous, au calme et dans le noir, hors de portée des chats. Ni eau ni nourriture : on ne les nourrit pas, et l’eau donnée de force part dans les poumons.
  4. Le confier à la collecte. Les points de dépôt et le numéro de la SEOR sont diffusés chaque année pendant l’opération, et la mairie relaie. Sur place, demandez-nous.

Un oiseau ramassé le soir attend le lendemain matin dans son carton, sans qu’on l’ouvre toutes les heures : chaque manipulation lui coûte de l’énergie.

Sur cette côte, ce n’est pas toujours un pétrel de Barau

Le pétrel de Barau niche sur le massif du Piton des Neiges, loin du Sud-Est. L’oiseau ramassé sur le littoral d’ici est souvent un puffin — le puffin tropical, qui niche dans les ravines et les pentes boisées, à des altitudes bien plus basses. Le pétrel noir de Bourbon, parmi les oiseaux les plus rares du monde, est concerné lui aussi, mais ne se rencontre pour ainsi dire jamais.

Nous n’avons pas de comptage commune par commune, et le calendrier de ces espèces ne se superpose pas exactement à celui du pétrel de Barau. Cela ne change rien à ce qu’il y a à faire : le carton, l’obscurité, le point de collecte, pour tous. Le reste de ce qui vole dans le secteur, du jardin aux falaises, est décrit sur la page que faire à Saint-Philippe.

Le bassin bleu du Puits des Anglais face aux vagues, sur le littoral du Baril à Saint-Philippe
Le Puits des Anglais, au Baril, à 2,6 km. Le genre de littoral que les jeunes oiseaux survolent en avril, et où l’on se promène le soir avec une lampe.

Questions fréquentes

Faut-il éviter de venir à La Réunion au mois d’avril ?

Non. L’opération ne demande à personne de renoncer à son séjour, elle demande d’éteindre. Avril est un mois de bascule entre saison chaude et saison sèche, avec des averses encore fréquentes. Le tarif ne dépend pas de la période de l’année ; il est sur la page des tarifs.

Peut-on voir ou entendre des pétrels depuis la maison ?

Non, sauf accident. Les colonies sont en altitude, à l’autre bout de l’île, et les oiseaux passent au large. Depuis le bord de mer, on entend au mieux un cri dans la nuit, sans savoir à qui il appartient.

Est-ce qu’une seule lampe éteinte change vraiment quelque chose ?

Prise isolément, non : le phénomène est la somme de toutes les sources d’une côte. Mais sur un littoral déjà sombre, une façade allumée pèse plus lourd qu’en ville, où elle se noie dans le reste. C’est la logique de l’opération : beaucoup de petites extinctions sur une période courte.

A-t-on le droit de ramasser un oiseau protégé ?

Oui, dans ce cadre précis : ramasser un oiseau échoué pour le remettre à la collecte est la conduite attendue. En revanche il ne se garde pas, et il ne se relâche pas soi-même depuis une falaise : il est remis à la SEOR, qui le vérifie et le relâche.

Vous cherchez où dormir dans le Sud sauvage ? Quatre chambres à Saint-Philippe, à 2,6 km du littoral du Baril, et une varangue commune pour dîner sans reprendre la voiture le soir. Voir les quatre chambres ou demander vos dates.

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