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Chambres d'hôtes dans le Sud sauvage, à Saint-Philippe Petit déjeuner compris
Coco Vanille Chambres d'hôtes · Saint-Philippe
Illustration : le Piton de la Fournaise et une coulée

Le carnet S'informer

Comprendre les éruptions du Piton de la Fournaise

8 min de lecture

Une éruption du Piton de la Fournaise, c’est une fissure qui s’ouvre sur le flanc du cône et de la lave liquide qui se met à couler, presque toujours à l’intérieur de l’enclos Fouqué, un amphithéâtre inhabité ouvert vers notre côte. Elle se signale quelques heures à l’avance, pas quelques semaines ; elle ne menace personne ; et pendant qu’elle dure, l’accès au volcan est le plus souvent fermé.

Un volcan de point chaud, et une lave qui coule au lieu d’exploser

La Réunion est posée sur un point chaud : une remontée de matière profonde, à peu près fixe, au-dessus de laquelle la plaque océanique se déplace. Deux volcans successifs l’ont construite. Le Piton des Neiges, au centre, s’est éteint et s’érode en cirques ; le Piton de la Fournaise, au sud-est, est le jeune, et c’est lui qui fabrique encore de la terre.

Sa lave est du basalte : pauvre en silice, très fluide, largement dégazée quand elle arrive en surface. C’est toute la différence avec les volcans gris des zones de subduction, dont le magma visqueux bouche le conduit jusqu’à ce que la pression fasse sauter le bouchon. Ici, rien ne bouche : ça sort, ça coule, ça descend la pente. On parle de volcan rouge, ou effusif — un phénomène que l’on regarde, pas un phénomène auquel on échappe.

L’enclos Fouqué, le couloir par lequel tout descend

Le sommet n’est pas posé au milieu d’un cône régulier : il est enfermé dans une dépression en fer à cheval, l’enclos Fouqué, bordée d’un haut rempart sur trois côtés et ouverte sur le quatrième, vers l’océan. Cette ouverture, c’est le Grand Brûlé, la grande pente que la route nationale traverse entre Saint-Philippe et Sainte-Rose.

La quasi-totalité des éruptions reste enfermée là-dedans, et personne n’y habite : c’est pour cela qu’une éruption est ici un événement et non une catastrophe. Les sorties hors enclos ont un nom et une date. En 1977, la lave est passée au nord et s’est arrêtée contre l’église de Notre-Dame des Laves, à Sainte-Rose, à 37,9 km d’ici. En 1986, elle est sortie côté sud, a traversé Le Tremblet et rejoint l’océan à la Pointe de la Table. Deux fois en un demi-siècle : rare, mais pas théorique.

La côte du Grand Brûlé : les coulées de lave descendues jusqu’à l’océan, reprises par la végétation
Le Grand Brûlé, à l’est de la commune : la sortie de l’enclos. Toutes les coulées qui atteignent la mer passent par cette pente.

Comment une éruption commence, et ce que l’on sait avant

Sous le sommet, le magma s’accumule dans un réservoir peu profond. Quand il remonte, il fait deux choses mesurables : il gonfle l’édifice, très légèrement mais assez pour être détecté, et il casse la roche, ce qui produit des séries de petits séismes.

C’est ce que surveille l’observatoire volcanologique du Piton de la Fournaise, installé à Bourg-Murat, à 53,8 km de la maison. Sismomètres, inclinomètres, stations GPS, mesures de gaz : le réseau est dense et les bulletins sont publics. Quand une crise sismique démarre, le compte à rebours se mesure en heures. Et il arrive qu’il ne se passe rien : le magma s’arrête en route, la crise retombe, aucune lave ne sort. Cela s’appelle une intrusion, et ce n’est pas rare.

Ensuite, l’observatoire mesure et publie, la préfecture décide et signe : l’accès au Pas de Bellecombe ferme souvent avant même que la lave soit sortie. Quand il est ouvert, en revanche, la journée se joue tôt — on part d’ici avant le jour, donc avant le petit déjeuner servi sur la varangue.

Ce qui coule, et ce que ça fabrique

Une éruption commence rarement par un cratère : d’abord une fissure, d’où la lave sort en rideau, en fontaines. En quelques jours, la sortie se concentre sur un ou deux points et un cône se construit autour — les petits cônes noirs semés dans l’enclos sont les éruptions précédentes.

La coulée prend deux formes, qui ont chacune leur nom. La lave cordée est lisse, plissée comme une corde ; elle avance doucement et se marche. La lave en gratons est hérissée de blocs coupants, elle roule sur elle-même en avançant et ne se marche pas : elle taille les semelles et les mains.

Quand une coulée dure, sa surface se refroidit en croûte pendant que la lave continue de circuler dessous, à l’abri de l’air : elle va ainsi beaucoup plus loin. Puis l’alimentation s’arrête, le conduit se vide, et il reste une galerie. C’est un tunnel de lave — il y en a sous Saint-Philippe, et ils se visitent avec un guide.

L’intérieur d’un tunnel de lave à Saint-Philippe : sol de lave figée, sortie vers la végétation
Un tunnel de lave, à Saint-Philippe : le moulage en creux d’une coulée qui s’est vidée. Le sol sur lequel on marche est la dernière lave passée par là.

Ce que les éruptions ont laissé autour de la maison

Le paysage d’ici est fait de ces coulées empilées. Le Cap Méchant, à 8,9 km, en est une, ancienne, coupée net par l’océan ; la forêt de Mare-Longue, à 11,7 km, a poussé sur une autre, plus vieille encore.

Les falaises de lave noire du Cap Méchant battues par l’océan, vues du ciel
Le Cap Méchant, à 8,9 km : une coulée arrêtée par la mer il y a des siècles. La même roche qu’au sommet, rongée par la houle.

Sur la route du Grand Brûlé, chaque coulée traversée porte un panneau avec son année, et la végétation dit le reste : lichens et fougères d’abord, arbustes ensuite, forêt à la fin. On lit l’âge d’une coulée à ce qui pousse dessus. Et l’île continue de grandir : en 1986 comme en 2007, la lave entrée dans la mer a construit de la terre neuve, et le trait de côte a changé de forme. Ce qu’il y a à voir autour de la maison tient en grande partie à cette histoire-là.

Ce que l’on en voit depuis ici, et ce que l’on n’en voit pas

Depuis le jardin, rien : le relief est entre nous et le sommet. Et la distance est réelle — le Pas de Bellecombe, d’où part la descente dans l’enclos, est à 77,5 km et à environ deux heures de route. Ce n’est pas une sortie d’après-midi.

Quand une éruption est importante et le ciel dégagé, un rougeoiement se lit parfois la nuit, en se déplaçant vers le nord sur la route côtière. La probabilité que cela tombe exactement pendant vos dates est faible, et construire un voyage là-dessus revient à parier.

Ce qui est là tous les jours, ce sont les tunnels, le Cap Méchant et la route du Grand Brûlé. Ceux qui rentrent tard de ce côté-là réchauffent leur dîner sur la varangue commune, qui a un réfrigérateur, un micro-ondes et de la vaisselle. Les jours sans voiture, il reste la piscine du jardin, à laquelle Le Coco donne directement.

Questions fréquentes

Peut-on savoir, au moment de réserver, s’il y aura une éruption ?

Non. Le Piton de la Fournaise est très actif — plusieurs éruptions certaines années, de longs mois de silence à d’autres moments — mais rien ne se prévoit à l’échelle d’un billet d’avion : le préavis utile se compte en heures. Un séjour se bâtit sur ce qui est là en permanence.

Ressent-on quelque chose à Saint-Philippe quand le volcan se réveille ?

En général, non. Les séismes qui précèdent une éruption sont petits et concentrés sous le sommet : on les mesure, on ne les sent pas depuis le bord de mer. Ce qui change vraiment ici, c’est la circulation — la route des Plaines se remplit et tout le monde monte en même temps.

Une coulée peut-elle atteindre le bourg de Saint-Philippe ?

Le bourg et la maison sont à l’ouest de la commune, hors du Grand Brûlé, la pente par laquelle la lave descend. Les deux sorties hors enclos du dernier demi-siècle ont concerné Sainte-Rose au nord et Le Tremblet à l’est. Ce qu’une éruption change pour un séjour ici, c’est la route nationale vers Sainte-Rose, qui peut fermer, et l’accès au volcan, qui ferme presque toujours.

Pourquoi le cratère Dolomieu s’est-il effondré en 2007 ?

Parce que le réservoir s’est vidé plus vite qu’il ne se remplissait, par une fissure ouverte très bas, près du littoral. Le toit de la chambre magmatique s’est retrouvé sans appui et s’est affaissé sur lui-même. Le grand trou que l’on regarde depuis le rebord ne date donc pas de la formation du volcan : il date de ce mois-là.

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