
Le carnet S'informer
Forêt de Mare-Longue : la forêt primaire de Saint-Philippe
La forêt de Mare-Longue est à 11,7 km de la maison, une vingtaine de minutes par la route. C’est une des dernières forêts tropicales humides de basse altitude de La Réunion à n’avoir jamais été défrichée, et c’est aussi l’une des rares sorties du secteur qui se fasse entièrement à l’ombre : elle tient debout par forte chaleur comme sous une averse.
Ce que « forêt primaire » veut dire, et ce que ça change
Une forêt primaire n’est pas simplement une vieille forêt : c’est une forêt qui n’a jamais été coupée ni défrichée. Rien n’y a été planté. Ce qui pousse à Mare-Longue est arrivé seul, et l’ensemble tient dans le même équilibre depuis bien avant que l’île soit habitée.
La différence avec une forêt reconstituée se voit dès les premiers mètres. Il y a des étages : de grands arbres au-dessus, des arbustes en dessous, des fougères au sol, et sur chaque tronc des mousses, des fougères et des orchidées installées en épiphytes, c’est-à-dire poussant sur d’autres plantes sans les parasiter. La lumière arrive filtrée. Le sol n’est pas un chemin de terre mais un enchevêtrement de racines.
Ce type de forêt est devenu rare pour une raison sans mystère : les terres basses sont celles qu’on a défrichées en premier, d’abord pour les cultures, ensuite pour habiter. Les forêts d’altitude ont mieux résisté parce qu’elles gênaient moins. Mare-Longue est l’une des dernières reliques de forêt humide de basse altitude de l’île, et de tout l’archipel des Mascareignes.
Pourquoi celle-là a tenu
Le terrain, d’abord. Nous sommes sur le flanc du volcan : de la lave plus ou moins ancienne, cassante, en pente, pénible à travailler, et loin des ports qui comptaient à l’époque des grandes plantations. Un peu plus à l’est, le Grand Brûlé reçoit encore des coulées qui descendent jusqu’à la mer. Personne n’a eu envie d’investir ici, et c’est ce désintérêt qui a sauvé le massif.
La protection est venue après. La forêt est classée en réserve biologique, gérée par l’Office national des forêts, et elle se trouve en zone cœur du Parc national de La Réunion. Des botanistes y suivent des parcelles depuis des décennies : c’est un terrain d’étude autant qu’un lieu de promenade, ce qui explique que les règles y soient plus strictes qu’ailleurs.

Ce qu’on voit quand on y marche
Un sentier botanique traverse le massif, avec des plaques qui nomment les espèces au fil du parcours. C’est utile, parce que les noms créoles ne se devinent pas : bois de pomme, bois de fer, bois de nèfles, palmiste rouge. On les regroupe sous l’appellation de bois de couleurs, qu’on retrouve sur les panneaux comme dans la documentation locale.
Ce qui frappe le plus, ce sont les fougères arborescentes — le fanjan — et les racines. Sur de la lave, le sol est trop mince pour qu’un grand arbre tienne autrement : il s’appuie sur des contreforts et des racines aériennes qui montent bien au-dessus de la tête. C’est cette architecture-là qu’on vient voir, plus que telle ou telle plante rare.

Côté animaux, les oiseaux forestiers s’entendent bien plus qu’ils ne se voient, et c’est à peu près tout ce qu’on croise. Le vrai risque de la forêt humide est beaucoup plus banal : une racine mouillée, une pierre glissante, une cheville.
Dans ce secteur, la vanille se cultive sous couvert forestier, à l’ombre des arbres et non sous serre. La liane grimpe sur les troncs comme le font les autres plantes du sous-bois, et c’est cette culture-là qui a longtemps fait vivre Saint-Philippe.
Y aller depuis Saint-Philippe
11,7 km, une vingtaine de minutes de route : on quitte le littoral et on monte par la route forestière. Elle est étroite, souvent mouillée, et se conduit lentement.
Le matin vaut mieux que l’après-midi, comme partout sur cette côte : le ciel est plus souvent dégagé en début de journée, les nuages montent ensuite. Le petit déjeuner sur la varangue permet de partir tôt sans sauter le repas.
À emporter : des chaussures qui accrochent, de l’anti-moustique, de l’eau, et de quoi se couvrir même s’il fait chaud en bas. Une fois la route forestière engagée, il n’y a rien à acheter. Les règles sont celles du cœur de parc : on reste sur les sentiers balisés, on ne cueille rien, on repart avec ses déchets, et les chiens n’y sont pas admis.
À qui cette sortie ne convient pas
Il n’y a pas de point de vue. On ne monte pas à Mare-Longue pour voir la mer ou les remparts : on y voit des arbres, de près, et rien d’autre. Si votre séjour est bâti sur les panoramas, cette sortie vous laissera sur votre faim.
Le terrain n’est pas plat et pas régulier. Racines, pierres, humidité permanente : ce n’est praticable ni en poussette ni en fauteuil, et une personne qui marche difficilement y sera mal à l’aise. Avec de jeunes enfants, cela se fait très bien sur une boucle courte, à condition d’accepter que le rythme soit lent et que tout le monde rentre boueux. Le Bambou accueille trois personnes et dispose d’un lit bébé, comme La Vanille.
Enfin, si vous n’avez qu’une seule journée devant vous et que vous voulez le volcan, ne cumulez pas les deux. Le Pas de Bellecombe est à 77,5 km et environ deux heures de route : c’est une journée entière à lui seul, qui commence avant le jour.
Ce qu’on enchaîne dans la même demi-journée
Le Jardin des Parfums et des Épices est à 5,9 km de la maison, installé dans le même massif. Ce n’est pas la même chose : un jardin privé, cultivé, qui se visite accompagné, là où le sentier de la réserve se parcourt seul. L’un explique ce que l’autre montre.
Le Cap Méchant, à 8,9 km, offre l’exact contraire : plein soleil, vent, falaises de lave noire et pas un arbre pour s’abriter. C’est ce contraste qui fait la journée. Le reste de ce qui se visite autour est détaillé sur la page que faire à Saint-Philippe.

En rentrant, le Puits des Anglais est à 2,6 km, au Baril : un bassin en bord d’océan dont l’accès dépend de la houle du jour. Quand la houle dit non, la piscine du jardin règle la question.
Questions fréquentes
Faut-il un guide pour visiter la forêt de Mare-Longue ?
Non pour le sentier botanique, qui est balisé et jalonné de plaques : il se fait seul. Oui, en revanche, si vous voulez sortir de ce parcours-là. Les sentiers de forêt humide se ressemblent tous, les repères visuels manquent sous le couvert, et on perd le nord plus vite qu’on ne l’imagine.
Peut-on y aller quand il pleut ?
Oui, et c’est même l’une des rares sorties qui reste possible sous la pluie, puisqu’on est à l’abri des arbres. Deux réserves : les racines deviennent franchement glissantes, et après un gros épisode pluvieux certains sentiers peuvent être fermés. En alerte cyclonique, on ne va pas en forêt.
Y a-t-il des animaux dangereux ?
Aucun. Pas de serpent, pas de prédateur, rien de venimeux. Les moustiques sont présents et bien réveillés dans le sous-bois humide, ce qui suffit à justifier le répulsif. Le reste des désagréments tient au terrain, pas à la faune.
Est-ce que ça se fait en fin de journée, après une visite ailleurs ?
Mieux vaut éviter. Sous les arbres, la lumière baisse bien avant le coucher du soleil, et la nuit arrive vite ici, sans le long crépuscule auquel on est habitué en Europe. Une forêt qu’on parcourt à la frontale n’a plus aucun intérêt, et la route forestière se redescend mieux de jour.
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