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Racines monumentales dans la forêt tropicale de Mare-Longue, sur le sentier botanique

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La forêt primaire de Mare-Longue, expliquée simplement

8 min de lecture

Une forêt primaire est une forêt que personne n’a jamais coupée : rien n’y a été planté, tout ce qui pousse est arrivé seul et s’est organisé sans nous. Mare-Longue, à 11,7 km de la maison, est l’une des dernières de ce type en basse altitude dans les Mascareignes, et c’est ce statut — plus que le paysage — qui explique le reste : les espèces, les règles, les scientifiques qui y mesurent des arbres.

Quatre mots, et le sujet devient lisible

Ce qui bloque, c’est le vocabulaire, pas la botanique. Quatre mots suffisent.

  • Indigène : une plante arrivée seule, avant nous, portée par le vent, par la mer ou par un oiseau. L’île est sortie de l’océan nue ; tout ce qui y pousse a d’abord eu à traverser l’eau.
  • Endémique : indigène, et présente nulle part ailleurs au monde. Coupée du continent, une espèce dérive de son côté et finit par n’appartenir qu’à son île. Le sous-bois de Mare-Longue en est plein.
  • Exotique, ou introduite : apportée par l’homme, exprès ou par accident. C’est le cas de l’essentiel de ce qu’on voit depuis la route. Les bougainvilliers de notre jardin ne sont pas plus réunionnais que nous.
  • Primaire, par opposition à secondaire : une forêt secondaire a repoussé après une coupe, une forêt primaire n’a jamais été remise à zéro.

Mare-Longue coche les quatre cases dans le bon sens : jamais défrichée, très majoritairement indigène, riche en espèces endémiques, et pour l’instant peu envahie. Cette combinaison ne se refait pas : une forêt primaire détruite est détruite pour de bon, on ne la replante pas.

La forêt de vacoas du littoral du Baril, face à l’océan
La forêt de vacoas du Baril, à 2,6 km de la maison : l’autre végétation indigène du secteur. Le vacoa tient dans le sel et le vent du bord de mer, là où Mare-Longue pousse à l’ombre.

Pourquoi il n’en reste presque plus en bas

On a défriché l’île du bas vers le haut. Les terres basses partent les premières en culture : elles sont chaudes et accessibles. Résultat, à La Réunion comme à Maurice, c’est l’étage du bas qui a presque entièrement disparu — celui qui était aussi le plus riche en espèces.

Si Mare-Longue a tenu, ce n’est pas par vertu. C’est le flanc du volcan : de la lave cassante, en pente, loin des ports qui comptaient à l’époque des grandes plantations. Rien à y gagner. Un peu plus à l’est, le Grand Brûlé reçoit encore des coulées jusqu’à la mer, ce qui n’a jamais encouragé personne à s’installer. Ce désintérêt a protégé le massif bien avant qu’un classement existe. Le reste du secteur est détaillé sur la page que faire à Saint-Philippe.

La côte du Grand Brûlé : les coulées de lave descendues jusqu’à l’océan, reprises par la végétation
Le Grand Brûlé, plus à l’est : chaque coulée remet le compteur à zéro et la reconquête se compte en siècles. C’est l’échelle de temps qu’il faut avoir en tête devant Mare-Longue.

Comment cette forêt est construite

Une forêt humide ne se lit pas comme un bois de métropole. Elle est empilée en étages : au-dessus, les grands arbres ferment le ciel et ne laissent passer qu’une lumière verte ; en dessous, des arbustes qui attendent leur tour ; au sol, des fougères. Et sur les troncs, une seconde forêt miniature : mousses, fougères et orchidées en épiphytes, c’est-à-dire installées sur d’autres plantes sans les parasiter.

Les racines s’expliquent de la même façon. Le sol est mince, posé sur de la lave : un grand arbre ne peut pas s’ancrer en profondeur, alors il s’étale. D’où les contreforts et les racines aériennes qui montent à hauteur d’épaule. Ce n’est pas un décor, c’est une solution mécanique.

Racines monumentales dans la forêt tropicale de Mare-Longue, sur le sentier botanique
Sur le sentier botanique : un arbre qui ne peut pas descendre s’élargit à la base. Ces contreforts sont la réponse à un sol de quelques dizaines de centimètres posé sur la lave.

Les botanistes appellent ce milieu la forêt de bois de couleurs des Bas. Le nom vient des appellations créoles, qui commencent presque toutes pareil : bois de pomme, bois de fer, bois de nèfles, bois blanc. Et il dit l’essentiel : ici, aucune espèce ne domine. Là où une forêt tempérée est une hêtraie ou une chênaie, celle-ci est un mélange où rien ne prend le dessus.

Ce qui la menace aujourd’hui n’est plus la hache

Personne ne va couper Mare-Longue. Le danger est plus discret : des plantes introduites qui s’installent sous le couvert. Le goyavier, la vigne marronne, le longose et le jamrosa poussent vite et n’ont ici aucun des insectes ni des maladies qui les tiennent en respect chez elles. Ils occupent le sol et la lumière, les jeunes pousses indigènes ne passent plus. La forêt reste verte, elle a l’air d’aller bien, et vingt ans plus tard ce n’est plus la même forêt.

C’est là que le visiteur a un rôle, modeste : les graines voyagent dans la boue des semelles et les sculptures des pneus. Rester sur le sentier balisé et arriver avec des chaussures propres n’est pas une consigne de politesse, c’est le geste utile.

Côté animaux, le problème s’appelle rats et chats, pour les oiseaux forestiers qui nichent bas. On en entend d’ailleurs bien plus qu’on n’en voit : le zoiseau blanc et le merle pays se signalent au bruit avant de se montrer.

Réserve biologique et cœur de parc : ce que ça change sur le terrain

Le massif est classé en réserve biologique, géré par l’Office national des forêts, et il se trouve en zone cœur du Parc national de La Réunion. Les règles y sont donc plus strictes qu’ailleurs : on reste sur les sentiers balisés, on ne cueille rien — pas une fougère, pas une orchidée, pas une bouture —, on repart avec ses déchets, et les chiens n’y sont pas admis.

La forêt est aussi un terrain d’étude : des parcelles y sont suivies, les arbres mesurés et parfois marqués. Une plaquette numérotée sur un tronc n’est donc pas un balisage mais un dispositif de mesure : elle ne sert à rien pour s’orienter.

Ce que ça donne à 11,7 km d’ici

De la maison, on quitte le littoral et on monte par la route forestière : 11,7 km, une vingtaine de minutes, à conduire lentement parce que c’est étroit et souvent mouillé. Le sentier botanique est jalonné de plaques qui nomment les espèces ; sans elles, on voit du vert.

Le matin vaut mieux que l’après-midi, comme partout sur cette côte : le ciel se dégage en début de journée, les nuages montent ensuite. Le petit déjeuner sur la varangue est compris dans le prix, ce qui permet de partir tôt sans sauter le repas. On rentre humide et souvent boueux : chaque chambre a sa salle d’eau privative, et Le Coco donne directement sur la piscine du jardin.

Questions fréquentes

« Primaire » veut-il dire que les arbres sont très vieux ?

Non, et c’est le contresens le plus courant. Le mot qualifie la continuité de la forêt, pas l’âge de chaque arbre. Les arbres tombent et d’autres poussent dans la trouée de lumière. C’est le cycle qui n’a jamais été interrompu, pas les individus qui seraient millénaires.

Peut-on reconnaître des espèces endémiques sans rien y connaître ?

Quelques-unes, oui. Le fanjan, la fougère arborescente, ne se confond avec rien ; le palmiste rouge non plus. Pour le reste, il faut les plaques du sentier : les bois de couleurs se ressemblent beaucoup d’une espèce à l’autre, et même les gens du coin ne les nomment pas tous.

Y a-t-il d’autres forêts de ce genre à La Réunion ?

Il reste de grands massifs naturels, mais en altitude, et ce sont d’autres milieux : les tamarins des Hauts n’ont rien à voir avec ce sous-bois. Ce qui manque presque partout sur l’île, c’est justement l’étage du bas, celui de Mare-Longue.

Est-ce que ça vaut le détour si on ne s’intéresse pas aux plantes ?

Pas toujours, autant le dire. Il n’y a ni point de vue, ni cascade, ni sommet : on y voit des arbres, de près. Ce qui la sauve, c’est qu’elle se marche à l’ombre et qu’elle tient sous la pluie, le jour où le reste du programme tombe à l’eau.

Faut-il payer pour entrer dans la forêt ?

Le sentier botanique de la réserve se parcourt librement : ce n’est pas un site clôturé avec une caisse. À ne pas confondre avec le Jardin des Parfums et des Épices, à 5,9 km de la maison : un jardin privé, cultivé, qui se visite accompagné et se paie.

Vous cherchez où dormir dans le Sud sauvage ? Quatre chambres climatisées à Saint-Philippe, à 11,7 km de la forêt de Mare-Longue, chacune avec sa salle d’eau privative pour rentrer boueux sans y penser. Voir les quatre chambres ou demander vos dates.

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