
Le carnet S'informer
L’histoire de Saint-Philippe, de la lave et des hommes
L’histoire de Saint-Philippe tient dans une contrainte : un village bâti au pied d’un volcan qui coule encore, sur une côte sans lagon, loin de tout. Le reste — le bourg tourné vers la mer, la route refaite par-dessus le basalte, la vanille plantée sous les arbres — découle de là, et se voit encore à quelques kilomètres de nos chambres d’hôtes à Saint-Philippe.
Une commune peuplée tard, et abordée par la mer
Le Sud-Est n’a rien de ce qui a fait la fortune de l’Ouest de l’île : pas de lagon, pas de plaine, beaucoup de pluie, et une pente de basalte qui descend droit dans l’océan. Les terres y ont été concédées et cultivées longtemps après le reste, et c’est au XIXe siècle que Saint-Philippe s’est détachée de Saint-Joseph, aujourd’hui à 12,6 km par la route.
Avant que la route ne fasse le tour de l’île, on arrivait par la mer. La cale de La Marine, en contrebas du bourg, en garde la trace : les barques en sortent toujours. La pêche n’a jamais rien eu d’une carte postale ici — pas de rade, l’océan qui frappe la roche sans rien pour l’amortir, et un nombre de jours sortables qui ne se décide pas au calendrier.

Le Grand Brûlé, la limite que le volcan redessine
À l’est de la commune commence le Grand Brûlé : la grande pente par laquelle les coulées du Piton de la Fournaise descendent jusqu’à l’océan. Le volcan est l’un des plus actifs du monde, et son activité reste presque toujours enfermée dans l’enclos Fouqué, cet amphithéâtre ouvert précisément de ce côté-ci. Quand une coulée sort, elle traverse la route nationale, puis elle atteint la mer.
Ce qui frappe, en roulant là-dessus, ce n’est pas la destruction : c’est l’habitude. Chaque coulée qui coupe la route est franchie de nouveau. On reconstruit la chaussée par-dessus, on plante un panneau, et le panneau donne l’année. On roule sur une succession de dates. La végétation revient à son rythme, et l’on voit côte à côte, sur quelques kilomètres, tous les âges de cette reconquête.

1986, la coulée qui a agrandi l’île
En 1986, l’éruption est sortie de l’enclos, du côté de Saint-Philippe. La lave est descendue par Le Tremblet, a brûlé des maisons, coupé la route, et rejoint l’océan à la Pointe de la Table. En refroidissant dans l’eau, elle a ajouté de la terre à l’île : ce bout de côte n’existait pas avant.
2007, la plus grosse de mémoire d’homme
En avril 2007, l’ampleur n’a plus rien eu à voir. Le hameau du Tremblet a été évacué, la route nationale a disparu sous la lave, et au sommet, le plancher du cratère Dolomieu s’est effondré sur lui-même. La côte a gagné une plateforme neuve, où une plage de sable noir s’est formée ensuite. Ici, on en parle encore, et pas comme d’une catastrophe : comme d’un événement qu’on a regardé venir, et après lequel on a refait la route.
Les éruptions ne suivent aucun calendrier, et pendant qu’elles durent, l’accès au volcan est le plus souvent fermé par arrêté. Venir marcher sur des coulées refroidies est un projet réaliste ; venir voir de la lave n’en est pas un.
Ce que les hommes ont fait pousser sur la lave
La suite de l’histoire est agricole, et elle est restée visible. La vanille pousse ici sous les arbres : c’est une culture de sous-bois, et chaque fleur doit être fécondée à la main, le matin. Le vacoa, ce pandanus qui tient sur le littoral là où plus rien ne tient, a donné deux choses : une vannerie — des paniers, des chapeaux, des nattes — et un cœur qui se mange, en salade ou en cari. Saint-Philippe lui consacre une fête chaque année.
Rien de tout cela n’a été choisi pour faire joli : ce sont les plantes qui acceptaient une terre neuve et pentue. C’est de là que la maison tient son nom, et ses chambres — La Vanille, Le Coco, L’Orchidée, Le Bambou.
Où cette histoire se voit encore, et à quelle distance
Les distances ci-dessous sont des distances routières mesurées depuis la maison.
- Le Jardin des Parfums et des Épices, 5,9 km. Un jardin installé dans la forêt naturelle, consacré aux plantes utiles de l’île, vanille comprise.
- Le Cap Méchant, 8,9 km. Des falaises de lave noire qui prennent la houle de face. Le nom vient de la mer, pas du paysage.
- La forêt de Mare-Longue, 11,7 km. Une relique de forêt tropicale humide de basse altitude, l’une des dernières de l’île : cette côte avant qu’on y coupe et qu’on y plante.
- L’Anse des Cascades, 33,4 km. Une palmeraie et des cascades, au pied du Piton Sainte-Rose.
- Notre-Dame des Laves, 37,9 km. À Sainte-Rose, l’église que la coulée de 1977 a atteinte et où elle s’est arrêtée. L’église est toujours là, la lave aussi.
- Le Pas de Bellecombe, 77,5 km et environ deux heures de route. C’est de là que part la descente dans l’enclos. Ce n’est pas la porte à côté : c’est une journée entière, départ avant le jour.
Restent les tunnels de lave, ces galeries laissées par les coulées : la surface se fige, le flux continue dessous, et quand il se vide il laisse un couloir. On n’y entre pas seul — ce sont des visites encadrées par des guides, qui s’organisent à l’avance.

Ce que Saint-Philippe ne propose pas
Il n’y a pas de musée ni de centre d’interprétation qui raconterait tout cela en une heure. L’histoire d’ici n’est rangée dans aucune vitrine : elle est sur la route, dans les panneaux datés, sur la cale de La Marine. Qui cherche une visite clé en main sera déçu ; qui accepte de conduire et de s’arrêter sera servi.
La ville, ensuite, est loin : Saint-Pierre et ses commerces sont à 29,6 km. Les soirs où l’on rentre tard de la route des laves, la varangue commune — réfrigérateur, micro-ondes, vaisselle — permet de rapporter de quoi dîner et de manger sur place. C’est là que se prend le petit déjeuner, compris dans le prix, lequel ne change pas selon la saison et se lit sur la page tarifs.
Questions fréquentes
Voit-on le volcan depuis Saint-Philippe ?
Non : le sommet est masqué par la pente, et le cratère n’est visible d’aucun point du bourg. Pendant une éruption, ce qui se voit parfois de la côte, la nuit, c’est une lueur au-dessus du Grand Brûlé, si la coulée descend assez bas. Le reste du temps, il faut monter : 77,5 km et environ deux heures jusqu’au Pas de Bellecombe.
Le village a-t-il déjà été menacé par une coulée ?
Le bourg lui-même, non. Les coulées descendent à l’est, dans le Grand Brûlé, un couloir presque vide d’habitations. Ce sont les écarts les plus proches de cette pente, Le Tremblet en particulier, qui ont été touchés en 1986 puis évacués en 2007, et c’est pour cela que ce couloir est resté aussi peu bâti.
Faut-il vraiment un guide pour entrer dans un tunnel de lave ?
Oui, et ce n’est pas une formalité administrative. Les galeries sont sombres, basses par endroits, et il n’y a aucun repère à l’intérieur. Les visites sont encadrées par des professionnels qui connaissent les réseaux. Ce n’est pas une sortie que l’on improvise entre soi.
Combien de temps faut-il pour voir tout cela ?
Deux journées pleines couvrent le littoral de la commune, la forêt, le Jardin des Parfums et des Épices, et la route des laves jusqu’à Sainte-Rose. Le volcan compte à part : une journée entière à lui seul, départ avant le jour. Une visite de tunnel s’ajoute au programme, elle ne s’y glisse pas au dernier moment.
Vous cherchez où dormir dans le Sud sauvage ? Quatre chambres à Saint-Philippe, entre le Cap Méchant, à 8,9 km, et les coulées du Grand Brûlé. Voir les quatre chambres ou demander vos dates.


